Les clercs sont-ils des retraités comme les autres?

Les clercs sont-ils des retraités comme les autres? La problématique envisagée par la Cavimac lors d'un colloque en 2006 rejoint -elle celle de l'APSECC, a t elle changée? Débattons-en.

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CAVIMAC Colloque du 23 juin 2006

La prise en charge des personnes âgées dépendantes : évolutions et enjeux pour les Ministres du culte et membres des Congrégations et Collectivités religieuses.

Intervention de Guy Herbulot, ancien évêque d’Evry.

Répondre aux préoccupations de notre colloque sur le vieillissement, la dépendance et la prise en charge des prêtres diocésains n'est pas chose facile, même pour un évêque.
En effet, que dire d'une manière précise, de l'état actuel de la réflexion, dans les diocèses, sur les différentes possibilités de prise en charge, sur la place dévolue du FSI ?
Les instances épiscopales ne m'ont pas beaucoup éclairé. Je me suis alors tourné vers le Docteur ALLAIN et Monsieur BARUCQ. Je leur ai dit mon embarras. Leur réponse s'est faite rassurante : dites ce que vous savez, selon votre expérience.
Chaque diocèse a son histoire, ses traditions, sa vie. J'allais dire, chaque clergé. Et chaque Evêque, avec le presbyterium et la commission du clergé là où elle existe, essaye de répondre au mieux aux problèmes posés par les prêtres en âge de retraite à 75 ans.
Les prêtres diocésains ne sont pas des religieux et de ce fait, les questions du vieillissement et des lieux de retraite possibles ne peuvent être gérés à la manière dont elles le sont dans les Ordres, Congrégations ou Instituts. Est-ce à dire que les problèmes posés soient spécifiques ? Je le pense volontiers.
On ne peut comprendre la situation d'aujourd'hui si on ne fait pas appel à l'histoire et particulièrement à l'histoire récente marquée par deux évènements qui ont eu des répercussions profondes dans la vie des prêtres et leur ministère.

I - Au lendemain du Concile, la Conférence des Evêques de France crée le Conseil pour les affaires économiques, sociales et juridiques. Entre autres, le Conseil demande que tous les diocèses mettent en place un dispositif de rétribution des prêtres visant à ce que tous, y compris les évêques soient assurés du même traitement.
Jusqu'alors, le système de rémunération reposait sur une inégalité criante. Les traitements variaient selon les diocèses et les lieux d'exercice du ministère : paroisses urbaines et paroisses rurales, paroisses riches et paroisses pauvres et selon le statut canonique de chacun. Curé, Vicaire, Aumônier de Mouvement ou d'institution. S'ensuivait une très grande diversité de statuts financiers. Ceci, n'était pas sans conséquences sur la manière que chacun pouvait avoir d'envisager les "vieux jours". Les prêtres fatigués ou gravement atteints dans leur santé, ou bien demandaient à être relevés de leur charge ou bien y étaient invités par l'évêque. Mais suivant la situation financière de chacun les " points de chute " étaient très variés. Seuls, je crois, les prêtres pauvres ou invalides rejoignaient la " maison des vieux prêtres ". Les nouvelles dispositions adoptées dans tous les diocèses modifieront profondément les mentalités et par conséquent, les choix des lieux de vie.

II - 1983. Parution du nouveau code de Droit Canonique. Canon 538 & 3 :
" A 75 ans accomplis, le curé est prié de présenter à l'évêque diocésain la renonciation de son office, après examen de toutes les circonstances de personne et de lieu, l'évêque diocésain décidera de l'accepter ou de la différer; il devra procurer au démissionnaire un logement et une subsistance convenables en observant les règles édictées par la Conférence des Evêques".

Cette disposition nouvelle du Droit marque la fin d'un régime qui garantissait à la plupart des Curés un maintien dans le ministère, voire dans les lieux jusqu'à la mort.
Il est bon de rappeler que, jusqu'alors, la démission pour beaucoup de prêtres diocésains était considérée comme un abandon de poste. Que de fois n'ai-je pas entendu des prêtres âgés dire : " on ne quitte pas la tranchée, on y meurt, partir c'est trahir ".
Aujourd'hui, le Curé est prié de présenter la renonciation de son Office. Le code parle de renonciation. Le contenu de ce terme est à prendre en considération. Nous sommes devant une toute autre réalité… mais comment appliquer le droit ? Les rangs du clergé s'éclaircissent : "si je pars, je sais que je ne serai pas remplacé… alors je ferai tout pour rester sur place ".
D'où conflits… " Et puis si je pars, où aller ?... à la maison de retraite ".
Or quels que soient les efforts déployés pour aménager ces maisons ouvertes à tous, il reste que les échos qui nous parviennent sont loin d'être positifs.
Récemment les médias se sont faits le porte parole des prêtres de BAYEUX- LISIEUX s'opposant à la création d'une nouvelle maison de retraite. Et les critiques de se porter immédiatement sur la personne de l'évêque.
Beaucoup diront : il n'y a là rien d'anormal. Il en est ainsi de tous ceux et de toutes celles qui, aujourd'hui, se voient contraints d'envisager leur départ en maison de retraite.
Comme Evêque, j'ai rencontré ces difficultés. J'ai essayé dans le diocèse d'Evry de créer une Commission qui permettrait d'analyser les situations et de faire des propositions.
Préparer les prêtres psychologiquement, spirituellement, leur donner la possibilité d'exprimer librement un certain nombre de souhaits. J'ai échoué. La perspective de la grande maison de retraite demeure pour beaucoup la perspective d'un retour au séminaire. Telle est, me semble t-il la situation aujourd'hui.

III - Que conclure ?
Mon propos se veut modeste. L'entrée dans une maison de retraite fait peur, c'est un fait. Donc on fera tout pour retarder l'échéance.
N'y aurait-il pas alors à envisager des étapes ?
- le maintien à domicile, mais peut-il se faire là où on a exercé le ministère ? N'y a-t-il pas risque de conflits ? A étudier.
- l'accueil dans les petites structures garantissant à la fois sécurité et une certaine indépendance, selon quel statut ?

Quoi qu'il en soit, je crois que la question de la retraite des prêtres diocésains rejaillit sur toute la vie de l'Eglise.
Cette question n'est pas non plus étrangère au problème de la relève du clergé diocésain.
Que de fois n'ai-je pas entendu cette réflexion soupçonneuse " que faites-vous de vos prêtres âgés » ?
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Monsieur BARUCQ : Je remercie Monseigneur HERBULOT. Si je comprends bien ce que vous venez de dire Monseigneur, les prêtres diocésains refusent d'aller dans le séminaire du grand âge.
(…..)
Monsieur VILLEZ : Je rebondis sur les derniers propos de Mademoiselle DUFAUX relatifs à la question de l'aide sociale qui lui paraît tout à fait importante.
Il faut avoir à l'esprit l'attitude, à mon avis, tout à fait contestable des Conseils Généraux qui refusent l'habilitation à l'aide sociale envers les congrégations religieuses, au nom du principe de solidarité et d'entraide qu'elles se doivent entre elles. Ce n'est pas un principe qu'il faut avoir à l'esprit, c'est un principe qu'il faut combattre. Il n'est pas normal qu'un conseil général revendique le droit canon pour appliquer les textes réglementaires. (…)
Le TEXTE INTEGRAL du colloque, 90 pages environ,: se trouvail sur le site de la CAVIMAC

BABARIT Claude - Adhérent section 85

 
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